à peine, 2020-2025, série eaux fortes sur papier Tengujô 6 g, formats variés







Je choisis les supports les plus fins, des papiers Tengujô de 12, 9 et 6 grammes, afin de mettre en évidence, leur délicatesse et leur fragilité lors de l'impression. J'utilise la technique de l'eau-forte pour obtenir une morsure profonde et précise du trait. Je privilégie un langage simple, dépouillé et rigoureux, en répétant des traits sans épaisseur, ni recherche de tonalité. J'incise en poussant l'outil que je ressens comme le prolongement de ma main malgré sa rigidité. La répétition du geste me permet d'endurer la résistance du cuivre, sa permanence, dans lequel j'inscris ma marque. Chaque trait en engendre un autre. Le corps éprouve physiquement chaque trace et rythme le temps par des espacements. Je me laisse porter cet errance du trait où l'imprévu devient la règle. Parfois, des mouvements contraires se rencontrent et créent des tensions. Jusqu'à la saturation de la surface apparaissent alors des flux et des chemins graphiques inattendus. L'ensemble devient une texture inframince aux variations vibrantes.
Lors de l'impression, la forte pression de la presse provoque une prise de contact entre la matrice et le support. L'adhérence entre le papier et la plaque me contraint à retirer le support très lentement, comme une mue. Je découvre alors un papier transformé, plus souple, modelé en profondeur. Par le biais du foulage, le recto et le verso s'impriment simultanément ; il n'y a plus de côté. Un jeu de transparence révèle la finesse du papier et sa fragilité.
La gravure devient une fine membrane frémissante, sensible et vibratile. Elle agit comme une surface réactive au moindre déplacement d'air. Semblable à un capteur, cette membrane délicate met en évidence les pressions invisibles et enregistre ce qui échappe au toucher en accueillant le mouvement du monde.
etchings works/ Marsyas / entre autres / en creux