entre-temps, 2026, série de trois dessins-impressions, gouge, rouleau, berceau, carborundum sur papier
Hahnemühle, 29 x 39 cm.
Cette série s’inscrit dans un déplacement volontaire des paradigmes de la gravure vers le champ élargi du dessin. En détournant des outils
traditionnellement liés à l’incision et à l’impression, je suspends leur finalité reproductible pour les engager dans une logique d’apparition directe. Il ne s'agit plus de produire une matrice,
mais de faire advenir un événement perceptif à même le papier.
La gouge, en incisant la surface, ne construit pas une image mais révèle une matérialité latente : une qualité duveteuse du papier, habituellement
imperceptible. Le berceau, imprimé sans encrage, inscrit des micro variations de surface, tandis que le carborundum introduit une dimension aléatoire, presque résiduelle. Ces gestes minimaux
déplacent l’attention de la forme vers les conditions mêmes de son apparition.
Ce travail s’inscrit dans une économie du geste proche de la pensée du haïku, mais engage surtout une réflexion sur le statut du visible. Que
reste-t-il d’une image lorsque celle-ci se tient à la limite de sa propre disparition ?
L’œuvre ne s’impose pas, elle requiert une activation perceptive. Le clair-obscur, et les variations de lumière, conditionnent l’accès à la forme,
inscrivant le regardeur dans une temporalité lente et instable. Dans cette perspective, le dessin devient moins un espace de
représentation qu’un champ d’expérience phénoménologique.
Voir n’est pas capter une image, mais s’engager corporellement dans une relation au monde. Le papier cesse d’être un support pour devenir un milieu,
un lieu de résistance et de révélation. Ainsi, Entre-temps ne propose pas des objets à regarder, mais des seuils à éprouver. Le travail se situe dans cet intervalle fragile où le dessin devient
condition d’attention, et où l’œuvre n’existe pleinement que dans l’acte perceptif qui la révèle.