(FR)                                                                                                                                                         etchings / à peine / en creux

Marsyas

à Peine 2020, (3/4),aqua fortis process on paper Bib. Tengujõ,12 gr. 32 x 49 cm

Dans l'œuvre Marsyas, je revisite le mythe en me concentrant non pas sur la scène de supplice, mais sur le moment où le corps perd sa peau.

Ce qui enveloppait le corps devient alors une surface autonome, une membrane retournée vers le monde. Séparée du corps, la peau de Marsyas devient un réceptacle : elle peut recevoir des traces, des souffles, des empreintes.

Cette image me conduit à penser la gravure autrement. Pour moi, elle n'est pas une simple technique de reproduction, mais un acte d'inscription dans une peau. Le papier Tengujo ne se limite pas être un support : il devient lui-même une peau sensible. Le geste s'y dépose, transforme la matière et y inscrit une mémoire. La plaque sert seulement à transmettre l'empreinte ; la véritable vie du processus se trouve dans le papier, dans sa capacité à vibrer et à réagir. 

Le lien avec la notion de Moi-peau, développée par Didier Anzieu, est ici essentiel. La peau humaine est à la fois frontière et interface, espace d'échange et de protection. Le papier gravé fonctionne de la même manière : il devient un seuil, un lieu de contact et de transformation. 

 

La gravure me permet ainsi de rendre perceptible ce moment où la matière devient membrane, où la surface s'anime et où le geste inscrit la mémoire dans une peau organique. Elle montre comment quelque chose d'intérieur peut se déployer vers l'extérieur, comment une surface reçoit, réagit et se transforme au contact du monde. Comme la peau de Marsyas, la gravure est suspendue, vibrante, sensible aux souffles, aux mouvements, aux passages qui la traversent. 

Marsyas, 2026, (3/6), eau-forte sur papier Tengujõ, 6 gr, 49 x 70 cm