l'air de rien, 2018, série de dessins à l'encre et à la pointe sèche, 24,5 x 33 cm.

...de l'eau tombe sur le papier. Il devient translucide, se teinte et se met à briller. Les parties mouillées sont coincées entre les parties sèches. Les fibres de cellulose se gonflent. Mon outil, l'eau, me fait découvrir les beautés de la boursouflure. Je choisis de ne pas la faire disparaître.

...je dépose un peu d'encre avec mon feutre noir sur la cloque encore humide. Je tente de délimiter une partie de ce monde incontrôlable de l'aqueux. Le papier se met à boire l'encre goulûment. Elle se disperse tout doucement. Une tâche irradie. La forme se décompose. Les fibres ne se déshydratent pas à la même vitesse. Les parties déjà sèches tirent sur celles qui sont encore mouillées. A certains endroits, la feuille se plisse doucement. En se contractant, le support joue avec la lumière, révèle ses reliefs. L'air s'engouffre dessous et le décolle légèrement de la feuille suivante. Le papier se met à flotter.

...il n'y a presque rien, quelques piqûres laissées par le crayon et une impression ancienne, un ersatz de trace. Comme une personne aveugle qui découvre le monde, mon regard s'absorbe dans la surface à peine maculée. Je ne veux pas subir l'insignifiant, il faut entrer dedans, m'attarder dans ce dépouillement. Je repousse plus encore les limites de la perception.